La salle de la conférence
La salle de la conférence

Je me rappelle quand j’ai dit à des collègues et à des amis que je partirai en Arabie Saoudite pour participer à un colloque scientifique, tout le monde était surpris. Certaines personne en avaient même peur, comme ma mère.

Pourquoi je devrai avoir peur d’aller en Arabie Saoudite ? J’ai vécu leur peur, il y a une année, quand je me préparais pour un voyage à Dakar, la capitale sénégalaise. Dakar était l’une des plus belles villes que j’ai visitées. J’ai fait tous mes vaccins pour découvrir une autre Afrique et j’ai découvert ainsi un pays complètement différent de ce que j’avais comme préjugés. Je n’avais eu même pas besoin de mes dizaines de pommades de moustiques, rangées jusqu’à présent dans un de mes coffres. Il a fallu juste savoir où aller, comme d’ailleurs, en Tunisie. Donc j’ai appris déjà à rompre avec les préjugés et là, à Dakar j’ai des amis que j’aime beaucoup.

Du Canada au Royaume de l’Arabie Saoudite

arabie-saoudite-65Avant de partir en Arabie Saoudite, j’étais au pays des rêves, au pays des lois et au pays du « vivre ensemble », etc.  J’étais au Canada pour un deuxième retour et une résidence temporaire plus longue. Puis deux mille seize était une année vraiment spéciale pour moi. Beaucoup de voyages et une dizaine de rêves réalisés. Je me rappelle quand je voulais convertir mon argent en donnant au banquier tunisien des dollars canadiens, la première question qui m’a été posée : Du canada, tu veux partir en Arabie Saoudite ?. C’était déjà deux jours après mon retour du Canada.

Le douanier aussi était surpris en me disant :  Nouha, tu viens de revenir il y a deux jours, là tu iras en Arabie Saoudite ? Pour quelle raison ?. J’ai répondu : « je suis invitée à un colloque international et j’ai une autorisation parentale si vous en avez besoin ». Il n’en avait pas besoin. L’Arabie Saoudite n’était pas classée par la douane tunisienne comme une destination dangereuse. Puis ce n’est pas vrai qu’une femme devra quitter le pays accompagné d’un homme. Même aux frontières Saoudiennes, on ne vous demande pas si vous êtes accompagnée ou non. Déjà, le premier préjugé n’est pas correct.

Puis comme je voyais à la télévision que les femmes en Arabie Saoudite portent tout en noir, j’ai fait mon shopping un jour avant. Je vous assure que j’ai tout acheté y compris les gants et les chaussettes noires. J’avais peur des fouets dont on parle toujours dans les médias. J’avais hâte de découvrir ce pays mais je ne voulais pas quand même être punie pour des futilités.

Le matin, le jour de mon voyage, je trouvais de la peine de porter l’Abaya (longue tunique noire). J’ai toujours aimé porté en couleur. Donc j’ai décidé de mettre cette robe et mon Hijab quelques minutes avant le décollage, à l’aéroport Tunis Carthage. Puis après j’ai découvert que des femmes comme moi, ont pris l’avion sans avoir porté ni l’Abaya ni le Hijab. Encore, à notre arrivée, à l’aéroport de Djedda, ces femmes Tunisiennes modernes, ont mis juste l’Abaya, ouverte déjà en bas. Et le hijab ? Pas besoin de mettre le Hijab ou le nikab. Pareil pour les hommes étrangers. Pas besoin de porter le traditionnel thob, et d’être coiffé du ghutrah, foulard en tissu, au pli parfaitement repassé, généralement orné de carreaux rouges, maintenu par l’agal, double cercle de fil noir.

Un autre préjugé s’est affiché faux, moi qui pensait que je devrais me couvrir de haut jusqu’au bas, peur d’avoir des fouets. Alors tant que je ne suis pas de l’Arabie Saoudite, j’ai le droit de ne pas porter ni le Hijab ni le nikab. Mais par respect à la souveraineté du pays, aux responsables de l’Université qui m’ont invitée et au monde avec qui j’ai partagé de bons moments, j’ai mis mon foulard mais à la Tunisienne. Puis je n’ai pas hésité le premier jour de la conférence de porter mon foulard rouge. C’est ma couleur préférée. Je portais aussi une veste colorée avec mon Abaya noire. Je n’aime pas la couleur noire car dans ma tête, cette couleur est liée au chagrin et au pessimisme (en exprimant mon respect pour mes amis les Shiites).  Donc à retenir, tant que tu n’es pas originaire de ce pays, pas besoin de se cacher dernière un hijjab ou un nikab. Puis les femmes de ce pays ne portent pas des gants.

Ensuite, tant que tu es une étrangère, tu as le droit de partager la table avec des collègues hommes. Contrairement à ce que je pensais, ce colloque était une occasion pour revoir certains collègues du Maghreb et de partager des discussions avec des collègues des pays du Golfe.  Bien que la salle des conférences soit séparée (les hommes à gauche et les femmes à droite, ou le contraire), on se parlait en dehors de la salle comme en Tunisie ou ailleurs. Je voyais même des Saoudiennes assises autour d’une table, dans le café de l’hôtel. C’était bien évidemment un café mixte.

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Intervention médiatique 

Puis comme à l’accoutumée, les colloques sont pour les chercheurs une occasion pour découvrir les pays et les villes. J’étais d’ailleurs, dans l’une des plus belles villes au monde : Abhā, située au sud de l’Arabie Saoudite. Il faisait 17 ° à mon arrivée, moi qui habitait la montagne. Mais quand tu descends, ça devient chaud vu que tu trouves la plage. Encore, un autre préjugé n’était pas correct. Les femmes en Arabie Saoudite ont le droit de sortir toutes seules dans la rue. Elles ne peuvent pas par contre conduire, mais elles ont un chauffeur.

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En compagnie de mes collègues du Maroc, de l’Arabice Saoudite et de la Malaisie

Notons aussi que je parle du Sud de l’Arabie Saoudite. A Djeddah, les femmes Saoudiennes fument la chicha et se promènent sans Hijab. Elles sont plus ouvertes. Elles parlent aux hommes sans clichés. Puis quand j’ai parlé aux étudiantes du Sud, j’ai découvert combien elles sont ouvertes dans leurs têtes, parce que la majorité des parents veut que leurs filles soient des femmes libres. Ainsi en dehors du pays, les femmes saoudiennes se libèrent de toutes les entraves royales.

Les étrangers préfèrent vivre dans les compounds (résidences) où tout est permis et légalisé. Il y a plus de liberté. Tu as accès à la piscine. Tu peux même boire avec tes amis. C’est un espace privé. Mais le prix de location d’un compound en Arabie Saoudite est plus au moins cher qu’une maison ou un appartement hors des compounds. Puis il y a des écoles françaises auxquelles tes enfants peuvent avoir accès.

Le problème est –il politique ?

arabie-saoudite-82D’après mes discussions avec les jeunes Saoudiens, le Roi actuel est plus ouvert que ses précédents. L’année dernière, un prince a été puni de la peine de mort après avoir été accusé par la mort d’un citoyen ordinaire. Auparavant, les princes étaient couverts et protégés. Personne ne pourra les accuser. Mais cela n’empêche pas de dire que la peine de mort reste toujours un acte barbare, contre l’humanisme.

Puis, lors de ce voyage scientifique, j’avais la chance d’aller faire une Omra. C’était imprévu mais quand même souhaité (Peut être quand je deviens plus veille. Je ne vais pas entrer dans les détails de la Omra car il s’agit d’une expérience personnelle). Là je confirme qu’au Haram, en tant que femme, il est strictement interdit de parler à un homme. Par contre, je peux me déplacer toute seule, sans être accompagnée. Tu risques d’être draguée mais pas vraiment dérangée. C’est à toi d’imposer le respect, comme en Tunisie ou dans n’importe qu’elle pays Arabe.

Puis, on a toujours entendu parler des fouets dans les médias, mais je n’ai pas réellement assisté à une scène en public pour faire un jugement. Je me rappelle que j’ai perdu mon chemin vers mon hôtel, j’ai demandé à un agent de police. Une fois, il m’a répondu, il m’a dit poliment : « Ma sœur, couvre toi stp », en faisant signe à mon épaule. Avant, on m’a dit que si la moindre partie de mes cheveux sera vue, je risquerai des fouets. Pas vrai !! Pas vrai !!!! Pourquoi cette exagération ? Est-ce que vous savez combien de fois, mon foulard s’est retiré vers le bas, en laissant mes cheveux remarqués par les gens ? une dizaine de fois ? une vingtaine de fois ? Plus ?..  Donc il ne faut pas trop exagérer. Il faut se couvrir mais tu ne risques rien si ça tombe. Je vous le dis par expérience vécue.

Pour conclure

Bref, je ne peux pas défendre ce pays Arabe. Ce que je voulais dire via cet article, c’est que certains préjugés ne sont pas correctes. Je vous encourage à voyager en Arabie Saoudite et à vivre l’expérience. Il s’agit d’un autre mode de vie. Je refuse moi aussi la dictature mise en place et le statut de la femme Saoudienne mais j’y étais là-bas pour connaitre ce monde qui me semblait étrange. Il ne faut pas vraiment avoir trop peur. Il faut juste respecter certaines règles sévères, dans certaines villes (pas toutes), pour rendre votre séjour agréable. N’exagérez pas quand même !! Puis le peuple Saoudien est un peuple chaleureusement accueillant. Si on vous invite à leur partager la table, vous devrez attendre à toute sorte de nourriture, à grande quantité.

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Mangez Saoudien, c’est vraiment bon !

Autre chose, je pense qu’il y a une révolte en cours. Menée par qui ? Par des jeunes comme moi et  comme tous les jeunes qui veulent changer leur pays dans le monde Arabe. Leurs jeunes sont cultivés et ouverts sur l’actualité internationale. Le printemps Arabe a échoué en Arabie Saoudite mais ce printemps Arabe aussi n’était pas au profit des jeunes en Tunisie ou en Egypte. Nous avons besoin d’un certain Mai 1968. Il est temps !

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